Toute l'actualité sur la Bosnie-Herzégovine

Accueil > Idées > Editorial > En Bosnie, l’insupportable ingérence de la Croatie et de la Serbie

En Bosnie, l’insupportable ingérence de la Croatie et de la Serbie

dimanche 18 novembre 2018 par Zehra Sikias  |  1 Partagez sur FacebookTwittez cette information

En 2018, les élections générales en Bosnie ont été révélatrices des pressions de l’extérieur qui pèsent sur l’avenir du pays. Défendre les droits des minorités nationales opprimés pour mieux s’ingérer dans les affaires internes, le prétexte, toujours le même, cache mal des aspirations à la division territoriale de la Bosnie-Herzégovine.

JPEG - 288.2 ko
Kolinda Grabar Kitarović ©hdz.hr

Se croyant à l’abri des ambitions hégémoniques de la Croatie maintenant que ce pays est devenu un membre de l’Union Européenne, la Bosnie-Herzégovine ne s’attendait pas vraiment que les principales attaques à son souveraineté viennent de Zagreb. Un jeu dangereux, comme l’affirme Tageszeitung de Berlin dans un article consacré à l’ingérence de la Croatie en Bosnie.

Zagreb joue un jeu dangereux

Se positionnant ouvertement pro-Covic et se donnant un rôle de grand frère protégeant les pauvres Croates opprimés de Bosnie, Zagreb a fourni un soutien franc et sans le moindre retenu diplomatique, au parti HDZ Bosnie-Herzégovine. Des agissements qui ont choqué les patriotes de ce pays, y compris les Croates de Bosnie qui ne votent pas tous pour le HDZ.

Pourquoi la Croatie a choisi de soutenir le HDZ ? Le soutien s’explique probablement par le fait que le HDZ est le plus grand parti des Croates de Bosnie mais ce n’est pas l’unique raison. Car le HDZ Bosnie-Herzégovine est aussi une filiale du parti HDZ Croatie actuellement au pouvoir.

Les objectifs de cette formation politique ne semblent pas avoir beaucoup évolué depuis 25 ans avec toujours le même rêve, celui d’annexer un jour une partie de l’Herzégovine. La dernière tentative de ce genre, incarnée par la Herceg-Bosna créée entre 1992 et 1994 et soutenue le président Franjo Tudjman (HDZ), s’est soldée en conflit armé et en nettoyage ethnique pour lequel les responsables croates ont été récemment condamnés par le TPIY à de lourdes peines de prison. Des condamnations qui par ailleurs ont été rejetés à bloc à Mostar et vivement critiqués à Zagreb.

Faut-il alors s’étonner que Zagreb replonge dans le révisionnisme de son passé fasciste de la Seconde guerre mondiale, re-glorifiant le rôle du leader de la NDH d’Ante Pavelic, lui même un natif d’Herzégovine, et relativisant les monstruosités commises contre les Juifs, les Serbes, les Romes et les opposants politiques, dans le camp de concentration de Jasenovac.

Offensive diplomatique

Après les élections de Zeljko Komsic, la Croatie, loin de s’arrêter, a continué de semer la zizanie sur la prétendue oppression des Croates de Bosnie sur la scène internationale. Comme s’il s’agissait de leur propre pays, la présidente de la Croatie Kolinda Grabar-Kitarović et son premier ministre Andrej Plenkovic ont multiplié des rencontres pour plaider les causes perdus de leur poulain Covic. Profitant de son membership dans l’UE, la Croatie s’est livrée à une véritable offensive diplomatique, en essayant d’influencer du Parlement européen et Bruxelles aux dirigeants de l’UE y compris le président Emmanuel Macron en plaçant les Croates de Bosnie au centre du débat.

JPEG - 11.2 Mo
Andrej Plenkovic avec Emmanuel Macron ©elysee.fr

Mais au fait, qu’est-ce que la Croatie prône au juste ? S’estimant dominés par les Bosniaques, les Croates de HDZ demandent une réforme de la loi électorale en Bosnie-Herzégovine afin d’instaurer le principe de vote selon les critères ethniques et non pas citoyens. Concrètement, il s’agit pour eux d’interdire aux Bosniaques de voter pour un Croate ou un Serbe et vice-versa afin d’empêcher la victoire des candidats « citoyens » et d’assoir définitivement le monopole des partis nationalistes. Le seul hic de cette proposition de loi, c’est qu’elle est en contradiction complète aux valeurs européennes et de la Constitution de Bosnie-Herzégovine et va à l’encontre de toutes les recommandations de la Commission de Venise, de la Cour européenne des Droits de l’Homme et de l’Office du Haut Représentant.

Car pour donner aux Croates de Bosnie les mêmes droits qu’aux autres peuples constituants (Bosniaques et Serbes), la loi électorale doit selon eux changer pour satisfaire uniquement les Croates. Les autres catégories totalement discriminées par l’actuelle loi électorale, concrètement les Roms, les Juifs, les Albanais ou les Bosniens, n’est pas un souci pour la Croatie qui considère que le principe citoyen de l’égalité n’est pas applicable en Bosnie. Pour la Croatie, derrière les défenseurs d’une Bosnie des citoyens se cachent des islamistes, c’est en tout cas ce que plusieurs responsables ont affirmé dans la presse. A ce titre, le HDZ de Bosnie a rejeté à bloc toutes les réformes allant dans le sens de l’égalité pour tous qui est pourtant le seul principe considéré comme démocratique dans l’Union Européenne.

Derrière la défense des opprimés, la défense des intérêts

Autre raison pour laquelle la Croatie s’investie autant pour aider les nationalistes croates en Bosnie est purement pragmatique. Grâce à la double nationalité des Croates de Bosnie, ces derniers sont facilement manipulables selon les objectifs électoraux en Croatie. Le HDZ Bosnie et leurs électeurs jouent ainsi un rôle primordial pour assurer la victoire des candidats nationalistes en Croatie.

Créant une illusion de protéger les droits de leurs frères de Bosnie mieux que quiconque, la Croatie s’assure de leur soutien même quand il s’agit d’aller contre leur propre intérêt. C’est ainsi que les représentants bosno-croates, obéissant aveuglement aux instructions de Zagreb, bloquent toutes les décisions qui ne lui sont pas favorables.

Quand la Bosnie proteste contre la construction du pont de Peljesac... Qui bloque toute action en justice ? Le HDZ.
Quand la Croatie profite des ressources de Busko Jezero sans payer aucune compensation à la Bosnie... Qui bloque toute action en justice ? Le HDZ.
Quand la Croatie refuse depuis 25 ans de restituer les biens appartenant aux entreprises et aux collectivités bosniennes et qui se trouvent sur son territoire... Qui bloque toute action en justice ? Le HDZ.

Ce sont juste quelques exemples les plus emblématiques de cette relation malsaine. Trop habituée à faire en Bosnie comme elle le souhaite, la Croatie a pris comme une insulte la déclaration de Zeljko Komsic disant que faute d’un accord, il n’hésitera pas à chercher la justice auprès des instances internationales concernant la construction contestée du pont de Peljesac.

La Serbie se rêve grande, encore une fois

De même que les autorités de la Serbie, actuellement dirigée par les radicaux convertis en progressistes, se trouve offensée quand le futur président Komsic dit que les dirigeants des pays voisins doivent respecter les frontières de la Bosnie et que ses bonnes relations avec eux en dépendent.

JPEG - 43.8 ko
Aleksandar Vucic ©UE

Car comme la Croatie, la Serbie, s’appuyant à ses relations stratégiques et « spéciales » avec la Republika Srpska qu’elle considère comme son prolongement, profite largement et depuis des dizaines d’années des ressources en Bosnie sans payer des compensations, comme c’est le cas de la centrale hydroélectrique de Zvornik.

Le président de la Serbie Aleksandar Vucic, qui a soutenu les pires extremistes durant la guerre en Bosnie-Herzégovine, n’a aucun respect pour les victimes et les destructions que ce pays a subis, c’est désormais évident. Il a ainsi déclaré récemment que Slobodan Milosevic « avait d’excellentes intentions mais il n’a pas pu les réaliser ». Son premier ministre, Ana Brnabic a publiquement nié il y a quelques jours dans une interview accordée à DW le génocide de Srebrenica, pourtant reconnu par la justice internationale. Et quand on voit l’agissement de la Serbie en Macédoine, au Monténégro, au Kosovo, comment ne pas douter que le rêve de la Grande Serbie continue encore d’habiter l’esprit de ce pays.

Vos réactions

  • Intéressant, mais je ne comprends pas pourquoi, les Bosniaques ont quitté la Yougoslavie. Leur pays est composé à priori de Bosniaques de croate et de serbe non ? Il est impossible de faire un pays viable alors que la Yougoslavie elle même était compose de ses trois peuples et que la guerre les a divise définitivement. J’aime le foot et je vois sans arrêt de joueur croate et serbe originaire de Bosnie !!! je comprends maintenant pourquoi... En faite la Bosnie est une mini Yougoslavie mais sans aucun liens entre ses peuples comme en Yougoslavie avant la guerre. La guerre est fini depuis 1995 !! et rien n’a progresse en Bosnie.

    modération a priori

    Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

    Qui êtes-vous ?
    Votre message
    • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.