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Florence Hartmann ou Tintin à La Haye

dimanche 27 mars 2016 par Suada Tozo   Partagez sur FacebookTwittez cette information

Un jour Tintin se retrouve dans la même prison que les gangsters qu’il pourchassait. Ses geôliers, qui sont aussi ses employeurs, déclarent que le journaliste n’a pas tout à fait respecté une clause de son contrat de travail. Tintin rétorque qu’il avait jugé plus judicieux d’agir au profit d’un groupe de gens qui avait beaucoup souffert et qui voulait comprendre les raisons, connaître les auteurs des crimes qui leurs sont tombés dessus. Tintin pense aussi qu’un deal fait avec des gangsters peu scrupuleux n’a pas besoin d’être respecté à la lettre.

Je n’ai nullement intention de mettre en question l’objectivité, ou la crédibilité du TPIY dont la devise est « Les criminels de guerre devant la justice, la justice pour les victimes ». Son existence et ses activités me semblent indispensables, me donne un immense espoir en l’être humain.

Mais, je me demande aujourd’hui quelles sont les retombées éventuelles de l’affaire Florence Hartmann quant à la sempiternelle théorie serbe qui consiste à dire que le monde entier est ligué, complote contre eux, sur leur amnésie concernant la guerre, leurs mépris des victimes non-serbes, sur la célébration de leurs criminels de guerre, et la justification de leurs crimes ?

En étant la porte-parole de Carla del Ponte de 2000 à 2006, Florence Hartmann aurait connu les détails d’un accord secret entre le Tribunal de la Haye pour l’ex-Yougoslavie, et le gouvernement serbe de Belgrade. Celui-ci aurait accepté de mettre à la disposition du TPIY la documentation permettant d’établir la responsabilité et le rôle de Slobodan Milosevic, le principal accusé d’alors. Dans les médias à l’époque, on avait qualifié fructueuse la collaboration du gouvernement serbe avec le TPIY même si en réalité ce gouvernement ne cherchait qu’à marquer des points pour entrer dans l’Union Européenne. Non seulement la Serbie redora son blason mais réussit aussi à faire promettre à la TPIY de ne pas dévoiler publiquement les documents prouvant l’implication et le rôle clé du gouvernement de Belgrade comme instigateur et organisateur des conflits en Ex-Yougoslavie.

Il est légitime de se demander quelles seraient les conséquences de l’établissement de la responsabilité du gouvernement de Serbie-Monténégro par rapport à des réparations de guerre dues aux victimes, à des blessés, des femmes violées, des orphelins, des handicapés ainsi que pour la reconstruction des villes, de l’infrastructure et des monuments détruits ? Cela serait-il plutôt une mission du Tribunal international de la Justice, situé également à la Haye ?

Florence Hartmann est auteur, entre autres publications, des deux livres importants sur les sujets que j’ai évoqué :

Milosevic, la diagonale d’un fou
Paix et châtiment

Du point de vue du Tribunal de la Haye Florence Hartmann a commis une faute professionnelle, mais, du point de vue des victimes et de leurs familles, elle est une héroïne.

Elle l’est pour moi aussi.


par Suada Tozo

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