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Jardin à la bosnienne

lundi 30 mai 2016 par Suada Tozo  |  2 Partagez sur FacebookTwittez cette information

Il se trouve à Goražde, à environ cent kilomètres au sud-est de Sarajevo. Malgré la proximité de la Mer adriatique, à quelque deux cents kilomètres, le climat y est continental, les chaînes de montagnes empêchant la douceur méditerranéenne de pénétrer dans cette partie de la Bosnie. L’été y est court et torride, l’hiver glacial avec beaucoup de neige, le printemps pluvieux, l’automne doux avec des changements époustouflants de lumière et de couleurs.

Mon jardin est une sorte de champ ou de pré en pente, situé sur le versant ensoleillé d’une colline, dans la vallée de la Drina. Là poussent toutes sortes de fleurs des champs, de mauvaises herbes, de plantes, grimpantes et rampantes. Des pissenlits, pâquerettes, boutons d’or, primevères, coquelicots, de la mauve surgissent de nulle part à l’arrivée du printemps et y prolifèrent. Au début de l’été, le long d’une haie, on peut tomber sur des minuscules, mais succulentes fraises sauvages. Des oiseaux, des papillons et toutes sortes d’insectes y prolifèrent.

Un jour, j’ai soulevé une grosse pierre qui dépassait dans l’herbe, et aperçu un serpent décoré de losanges de couleur marron et jaune. Il était tranquillement endormi, lové sur lui-même, comme une sorte de pita au fromage... Il y a même des scorpions, mais ils sont inoffensifs, malgré leur apparence menaçante. Dans le fouillis au pied d’un haut frêne, planté il y très longtemps par mon père, une famille de hérissons a élu domicile. Il n’est pas facile de les apercevoir car ils sont discrets et peureux. Pourtant, l’un d’eux s’aventure quelquefois à l’extérieur, tard dans la soirée, lorsque tout est calme et silencieux. De ses piques il effleure les mollets de celui ou de celle resté assis sur le banc à observer les lumières de la ville, le ciel étoilé et la lune.

En bref, mon jardin est un véritable paradis, une mini-arche de Noé.

Mon jardin n’est sûrement pas à la française même s’il en possède un minuscule aspect, c’est-à dire un massif de buis que chaque été, tant bien que mal, on essaie de ’tailler’ et de ’sculpter’. Mon jardin est peut-être un peu à l’anglaise dans le sens qu’on n’y se soucie guère de géométrie, d’ordre et de symétrie. On y est protégé des regards indiscrets par un bosquet de lilas planté autour d’une table et d’un vieux banc en bois hexagonal. C’est surtout là où l’on passe nos journées et soirées, à bavarder, à rêvasser, à manger, à lire, à jouer aux cartes ou aux échecs. Les larges feuilles d’un vieux noyer nous sert de parasol. Les arbres fruitiers, les pruniers, cognassiers, cerisiers, pommiers, poiriers et mirabelliers sont plantés principalement le long de la clôture du jardin, à la bosnienne, de manière à ce que le passant puisse en cueillir des fruits, peut-être pour les comparer aux siens, ou à ceux des autres, ou tout simplement, pour assouvir un caprice. Mon père, de ses fruits, fabriquait chaque automne sa propre eau-de-vie de prunes, la fameuse ’slivo’, et ma mère, toutes sortes de gâteaux, confitures et marmelades.

La terre du jardin est sèche, acide, de couleur marron clair, remplie de pierraille calcaire très friable. Il paraît que ce genre de terre est idéale pour la culture de pommes de terre.

Mon jardin possède à la fois l’aspect d’un jardin ornemental, d’un potager, d’un verger et d’un simple champ semé et renouvelé par le vent, les insectes et les oiseaux.

Le gazon ou la pelouse stérile que l’on tond chaque dimanche et pour lequel on dépense des tonnes d’eau, de désherbants et d’énergie, est une invention récente chez nous, ainsi que les tondeuses à essence ou électriques qu’on peut acheter désormais dans tous les magasins de jardinage. Toutefois, il suffit de se rendre au marché de Gorazde pour comprendre que le temps des lames de faux et du fauchage de l’herbe à l’ancienne n’est pas encore tout à fait révolu ici.


Auteur : Suada Tozo

Vos réactions

  • Un peu de poésie dans ce monde horriblement technique. On a bien envie de découvrir ton petit paradis. Bientôt peut-être...

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