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Le 8 mars 2021, du point de vue d’une femme

lundi 8 mars 2021 par Dina Ahmetspahic   Partagez sur FacebookTwittez cette information

Et Dieu créa le monde dans toute sa beauté et les merveilles du royaume végétal et animal, puis insuffla la vie à l’homme et créa la femme. Et fit qu’ils habitent les étendues de la Terre, leur donna la foi, l’espoir et l’amour pour faciliter leur lutte cruelle pour la survie. Puis l’homme se confronta au virus et l’appela le ou la COVID-19. On n’est pas vraiment au clair si cette maladie est du genre masculin ou féminin, mais ce que nous en savons, c’est qu’elle tue et affaiblit les corps, des hommes et des femmes.

Pendant très longtemps, les femmes partagèrent la conviction qu’elles devaient se contenter des salaires inférieurs, d’une position subalterne dans la société, se priver de droit à l’éducation et de vote ou encore, qu’elles pouvaient en toute légalité être opprimées et sexuellement exploitées. En plus de son travail, elles devaient aussi se consacrer entièrement aux enfants et aux tâches domestiques. En bref, s’assurer du bonheur du mari et de la famille.

Ces croyances ont depuis dit-on évolué. Vraiment ? Dans les Balkans, elles semblent pourtant être toujours profondément ancrées dans notre mentalité, chez l’homme comme chez la femme. Le sacro-saint principe de la vie sociétale de la femme se résume encore trop souvent à « Tais-toi et obéis », et depuis quelque temps, aussi à « Respectes les mesures épidémiologiques ? ».

Le 8 mars 1857 à New York fut un jour frais, ensoleillé et quelque peu lumineux grâce à ces employées de l’industrie du textile qui eurent ce jour-là l’idée et l’audace d’exiger salaire égal pour travail égal, qu’il soit fourni par l’homme ou par la femme. En 1908, 15 000 femmes défilèrent de nouveau à travers New York exigeant la diminution d’heures de travail, de meilleurs salaires et le droit de vote des femmes. Pénétrant la coquille sombre du corps fermé, la lumière balaya les croyances et les attitudes superstitieuses jusqu’alors acceptées de tous et on commença enfin à entrevoir, à travers les fausses perceptions de l’opinion publique, toute une série d’oppressions des femmes, héritées depuis la nuit des temps. En 1910, la révolutionnaire Clara Zetkin lança la première Conférence internationale des femmes et poussa en 1912 un million de personnes à sortir dans la rue pour lutter pour le droit de vote des Allemandes. Il fallut 60 ans aux dirigeants des Nations-Unies pour reconnaître en 1975 la Journée internationale de la femme.

Qu’en avons-nous retenu de cet évènement ? La tradition de recevoir un œillet, offert chaque année à l’occasion du 8 mars. Pourtant, depuis le mars 2020, avec la pandémie, la liste d’obligations et des contraintes qui incombent à la femme s’est encore rallongée avec notamment le suivi de la scolarité des enfants en ligne, le soin quotidien des anciens touchés par la pandémie et cette contrainte nouvelle de rester chez elle et respecter les mesures restrictives dues à la pandémie. Immergée ainsi dans son univers de tâches supplémentaires, dans la société qui souffre cruellement de l’hypocrisie et de l’absence de reconnaissance de la femme, elle regarde, déshumanisée, sa propre vie se passer.

Pour cette troisième vague de la pandémie, la femme doit trouver en elle des ressources nécessaires pour se battre encore et défendre ses droits, droit de sortir son enfant au grand air ; droit de défendre le retour des enfants à l’école en organisant les cours, pourquoi pas, en plein air ; droit de se rassembler, ne serait-ce que pour des promenades dans la nature ; droit de lutter pour la protection de l’environnement, pour la liberté d’expression et de circulation ; droit de s’évader à la vie dans toute sa plénitude. Une vie qui vaut la peine d’être vécue, autour de la chaleur d’une conversation, des embrassades et de l’entraide, une vie qui se construit dans la perspective d’une société plus respectueuse de l’autre. Lorsque cette lumière se rallumera en elle et qu’elle prendra conscience de sa juste valeur et de sa dignité humaine, elle marchera elle-aussi alors comme autrefois cette ouvrière du textile en 1857 et guidera tant d’autres dans la lutte pour la survie d’une espèce un peu plus humaine.

Dina Ahmetspahic


Née en 1983 à Sarajevo. Diplômée en 2007 de la littérature comparée à la Faculté de philosophie de Sarajevo. Anglophone et francophone. Philanthrope. Passionnée de sports extrêmes. Écrit sur la vie, la foi, l’amour et l’espoir.

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