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Miss Bosnie d’Australie 1999

samedi 6 mai 2017 par Suada Tozo   Partagez sur FacebookTwittez cette information

A la veille de l’élection présidentielle en France, j’ai envie de vous raconter l’histoire de deux publications issues de la diaspora bosnienne. Le premier est publié à Melbourne en 1999 et retrace l’historique de l’émigration de Bosnie-Herzégovine vers le continent australien. Quant au second, paru au début de 2017, il s’agit d’un livre de coloriage glorifiant les attraits architecturaux de Ljubljana, la capitale de la Slovénie.

J’ai acheté une copie de ’L’aperçu historique des Bosniaques musulmans en Australie’ dans une banlieue de Melbourne. On était en décembre, en pleine saison d’été austral. Une amicale bosnienne avait organisée une soirée, une sorte de kermesse. La vente et la dédicace n’était évidemment pas le point central, le highlight, de cette soirée. Celle-ci se déroulait dans une salle des fêtes ressemblant à celles que l’on peut voir dans la plupart de villages français. Une lumière noire et une grosse boule constellée de petits miroirs tournoyant au plafond lui donnait aussi des aspects d’une discothèque. La kermesse avait au programme une lotterie bingo, l’élection de Miss Bosnie d’Australie 1999… et la dédicace de ’l’Aperçu historique des Bosniaques … ’

L’auteur du livre se tenait dans un coin de la salle assis à une table recouverte d’une nappe blanche. Les faisceaux de la lumière noire la rendait vert fluorescente, ainsi que sa chemise. Des paillettes de la boule stroboscopique voletaient sur son costume trois-pièces. L’auteur jouait avec son stylo à plume en jettant des coups d’oeil furtifs sur la pile de livres posés devant lui.

Un proverbe bosnien déclare qu’aucune montagne au monde n’est aussi haute que le seuil à la porte d’entrée d’une maison. Le message subliminal n’est assurément pas une invitation au voyage ! ’L’ordre, beauté, luxe, calme et volupté’ sont, selon ce proverbe, chez soi, dans son pays d’origine. Rester chez soi, auprès des siens, ne pas partir à l’aventure (en bosnien, l’aventure se dit ’pustolovina’, signifiant ’’ne rien attraper’’ ou ’’revenir de la chasse bredouille, les mains vides"). Certes, à l’époque du proverbe, quitter son lieu de naissance n’était pas une mince affaire. En s’éloignant de son bled à peine d’une centaine de kilomètres, on rencontrait des gens qui avaient un autre accent, parlaient un dialecte ou une langue incompréhensible, avait une autre monnaie, habitaient dans des maisons différentes, s’habillaient différemment, vénéraient d’autres dieux, etc. etc. Ensuite, on risquait de se faire dévaliser pas des haïdouks ou des brigands, de tomber malade, de ne pas savoir où et comment trouver à se soigner, d’être confronté à une multitude de tracas et de périls, imaginables et innimaginables. La pensée de Pascal qui déclare que tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre apporte peut-être un peu d’eau au moulin du proverbe bosnien.

Pourtant, des habitants de Bosnie-Herzégovine - certes pas en grand nombre, mais quand même - avaient commencé à s’installer en Australie dès la fin du 19e et au début du 20e siècle. Leurs motivations étaient économiques, ou politiques. Parmi eux, quelques-uns étaient des aventuriers.

A partir de 1948, les vagues d’émmigration bosniaques se font de plus en plus importantes, ne dépassant jamais plus d’une dizaine de milliers de personnes. A la fin de la Seconde Guerre Mondiale, le département de l’Immigration d’Australie avait lancé un projet intitulé ’Populate or Perish’ (Peupler ou disparaître !). Ses représentants sillonaient l’Europe à la recherche de candidats et un certain nombre de Bosniaques avaient alors accepté leur invitation. Des cours d’anglais accelerés étaient organisés sur des bâteaux qui passaient par le Canal de Suez, mettaient un mois, un mois et demi, environ avant d’accoster aux ports d’Adelaide, de Darwin, de Perth, de Sydney ou de Melbourne. En étant une minorité de chez les minorités, les Bosniaques étaient néanmoins bien bien répartis dans l’ensemble des six Etats australiens, y compris sur l’île de Tasmanie. Une vague de quelques milliers d’émigrés de Bosnie-Herzégovine a afflué pendant et après la récente guerre qui a eu lieu de 1992 à 1995.

La publication de Dzavid Haveric contient des témoignages d’activités de ces Bosniaques, à travers l’immense pays-continent, une foule de photos, de lettres, de listings, de souscriptions, de comptes-rendus des réunions, des spectacles de chansons populaires, de danses folkloriques, concerts de variété, etc. etc. Comme toutes les diasporas de la planète Terre, la communauté bosniaque s’efforçait de recréer une illusion de leur vie d’antan, de poursuivre les traditions (les véillées, les fêtes, la cuisine), de fonder des clubs, des associations caritatives, des centres culturels, des écoles (surtout religieuses !), des mosquées, etc.

Passons à l’autre publication mentionnée au début de mon papier. Il s’agit donc d’un livre récent de coloriages destinés à tous les publics et à tous les âges. Fruits de ses promenades infatigables à travers la ville de Ljubljana, les dessins en noir et blanc d’Amela Špendl proposent de s’approprier une multitude de facettes et de détails de l’architecture de la capitale slovène, ses ponts, façades, fenêtres, portes, arcades, toits, monuments, ses nombreux effigies et statuettes de dragons, emblemâtiques de Ljubljana. La précision et la délicatesse du trait d’Amela permet aux colorieurs et colorieuses d’oublier le stress, de se relaxer, d’affirmer leurs propres pulsions et talents artistiques.

La publication d’Amela suggère l’adaptation, l’insertion heureuse, la curiosité, l’appropriation de nouveaux espaces, d’une autre culture, d’un nouveau style de vie. Aucun sentiment de nostalgie y est visible de son pays ou de sa ville natale, Amela glorifie le charme et la beauté de la ville où elle réside actuellement, la rendant ainsi accessible aux autres. En revanche, l’étude historique à l’ancienne de Dzavid Haveric est intéressante d’un point de vue documentaire et historique.

Il est étonnant qu’à peine une vingtaine d’années sépare la publication de ces deux ouvrages.


par Suada Tozo

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