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Montenegro – le retour des années 90

jeudi 10 septembre 2020 par Mihrija Fekovic-Kulovic   Partagez sur FacebookTwittez cette information

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Mihrija Fekovic-Kulovic

Les derniers élections au Montenegro (650’000 habitants) ont, le 31 août 2020, donné la victoire aux partis pro-serbes, ouvertement fascistes et cléricaux, qui ont comme but que ce pays soit de nouveau vassal de la Serbie, avant une nouvelle réunification complète.

Jusque là, ce petit pays avait énormément progressé par rapport aux autres pays de la région. Mélange multi-confessionnel de monténégrins, serbes, bosniaques, albanais, croates, il a opté pour la citoyenneté avec une attention pour les minorités, qui ont ainsi largement participé au pouvoir, contribuant à émanciper le Monténégro de la Serbie. La séparation a finalement eu lieu en 2006.

Le pays a posé sa candidature pour entrer à l’Union européenne et est devenu membre de l’OTAN. Son présidant, Milo Djukanovic, a reconnu l’indépendance de Kosovo, le génocide de Srebrenica et il est apprécié par tous les pays voisins à l’exception de la Serbie, qui a décidé de l’abattre politiquement afin de faire retourner le Monténégro dans le giron de la Serbie. Dans ce but, la Serbie a utilisé l’église orthodoxe serbe qui est menacée par le nouvelle loi votée au Parlement à Podgorica en 2019, qui concerne la séparation des avoirs des deux églises orthodoxes.

En 1918, l’église orthodoxe monténégrine de ce petit état millénaire a perdu son indépendance, ayant été incorporée au Royaume des Serbes, Croates et Slovènes. Ses richesses ont été confisquées par l’église orthodoxe serbe, qui dispose encore de ces richesses et autres biens accumulés depuis un siècle.

L’église orthodoxe serbe s’oppose à la restitution d’une partie de ses avoirs à l’église orthodoxe monténégrine. Pour cela, les nationalistes serbes et l’église serbe veulent s’approprier le pouvoir complet dans le pays – spirituel et civil. C’est là un retour dramatique à l’idéologie de la Grande Serbie, agressive envers les autres peuples et religions, avec homogénéisation de peuple serbe par une propagande mensongère, soutenue ouvertement par Belgrade.

Les prêtres orthodoxes veulent faire croire aux serbes du Montenegro que « le peuple serbe du Monténégro » (environ 30 % de la population) est mis en danger par la loi sur la séparation des églises et ont ainsi organisé des marches de protestation dans tout le pays depuis décembre 2019.

La population majoritaire, monténégrine de souche, y compris les minorités, refuse de faire allégeance à la Serbie. Mais avec la victoire des partis pro.serbes menés par le Patriarche Amfilohije Radovic, à l’élection du 31 août 2020, c’est un retour dramatique aux années 90.

Une fois au pouvoir, ces partis pro serbes vont se débarrasser des opposants à leur politique rétrograde et à la réunification avec Belgrade. Les premiers visés sont les minorités, en particulier les Bosniaques qui sont de farouches opposants à l’idéologie Tchetniks largement utilisée pendant la campagne électorale. Depuis les années 90, le drapeau serbe flotte sur les églises orthodoxes serbes. Les Tchetniks du Montenegro ont d’ailleurs largement participé aux exactions en Bosnie-Herzégovine.

Le soir de l’élection et les jours suivants, les villes de Montenegro ont été envahies par des milliers des voitures venues de Serbie, de la Republika Srpska de Bosnie, en plus de celles des Serbes du Monténégro, pour célébrer leur victoire avec des drapeaux serbes, chansons Tchetniks humiliantes, criant des obscénités, lançant des pierres sur la mosquée Husein Pasa de 1518, apposant des grafitis menaçants, tabassant des Bosniaques, notamment un père et son fils et un jeune militant du Parti socialiste, provoquant ainsi la peur chez les non-serbes, comme dans les années 90.

En 1992, la commune de Pljevlja, à la frontière avec la Bosnie-Herzégovine, a subi de nombreux crimes envers les civils : assassinats, kidnappings, maltraitance, tabassages, des centaines de maisons brûlées - dans les villages de Bukovica. Cette région de Sandzak monténégrin n’était pas en guerre officiellement, mais la population a vécu des horreurs et les plaies sont encore vives.

Le début de cette prise de pouvoir montre parfaitement la suite à prévoir : l’instauration d’un nouveau fascisme nationaliste serbe, qui pourrait procéder à des vengeances, règlements de comptes avec les Bosniaques et autres minorités, ce qui pourrait provoquer des déplacement de populations qui ont peur de la répétions des années 90.

Les Bosniaques demandent de l’aide aux institutions encore en place dans le pays. Les réseaux sociaux ont largement diffusé leurs cris d’alarme et la situation a pu se calmer avec l’engagement de divers personnalités et la police spéciale monténégrine. Mais les médias de nos pays n’ont pas donné d’information sur cette situation.

Rien ne permet de dire que la leçon des années 90 a été apprise.

Pour obtenir la majorité au gouvernement du Monténégro, les partis pro serbes ont encore besoin du soutien du Parti démocratique « Noir sur blanc » (5,5 % des suffrages) avec un président albanais progressiste. C’est pourquoi ces partis calment actuellement le jeu, faisant cesser les attaques ouvertes. Mais pour les connaisseurs de la région, une fois obtenu le pouvoir, les partis pro-serbes pourraient procéder à une répression massive. Ce risque de retour à la période noire est d’autant plus surprenant pour un pays, le Monténégro, qui a été durant plus de 20 ans un pays calme, humain et amical.

Beaucoup de monténégrins ne veulent pas du retour à un système rétrograde et primitif et tentent de préserver leur statut de citoyen-ne-s et l’indépendance de leur pays avec un futur tourné vers l’Europe. Il faut les soutenir et les aider pour éviter l’allégeance du Monténégro à la Serbie, un pays dix fois plus grand.


par Mihrija Fekovic-Kulovic

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