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Srebrenica : Une école bosniaque autonome pour lutter contre l’éducation nationaliste serbe

mercredi 29 mars 2017 par Ivar Petterson   Partagez sur FacebookTwittez cette information

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Ivar Petterson

L’enseignement de la Republika Srpska (RS) soumet les élèves à l’idéologie nationaliste serbe qui exclut l’écriture latine, la culture et l’histoire millénaire de la Bosnie-Herzégovine, pour ne laisser aux élèves que l’histoire et la littérature de Serbie, ceci dans le but de préparer les élèves à une sécession de la Republika Srpska pour la rattacher à la Serbie, pays voisin. Les habitants de Konjevic Polje, survivants bosniaques de Srebrenica, résistent et lancent en 2014 une école autonome de Nova Kasaba. Mais aujourd’hui elle lutte pour sa survie.

La lutte des parents de Konjevic Polje

Cette école, créée par les parents de Konjevic Polje, a ouvert ses portes en janvier 2014 et accueille actuellement 117 élèves, tous des jeunes bosniaques des villages de Konjevic Polje et Nova Kasaba. Quinze enseignants sont venus de Sarajevo et sont logés gracieusement dans le village.

Depuis des années, les parents de ce village bosniaque, survivants du génocide de Srebrenica et en majorité petits-paysans, demandaient en vain un changement du programme scolaire de la Republika Srpska (RS), en invoquant le droit des minorités, inscrits dans les Accords de Dayton. Mais les représentants internationaux avec Valentin Inzko (Haut-Représentant) ont refusé de soutenir la demande des parents de Konjevic Polje pour le respect des Accords de Dayton, soit une représentation équitable au sein de la Commission scolaire, la parité entre écriture cyrillique et latine, l’enseignement de l’histoire et de la littérature de Bosnie-Herzégovine.

En effet, l’enseignement de la RS soumet les élèves à l’idéologie nationaliste serbe qui exclut l’écriture latine, la culture et l’histoire millénaire de la Bosnie-Herzégovine, pour ne laisser aux élèves que l’histoire et la littérature de Serbie, ceci dans le but de préparer les élèves à une sécession de la Republika Srpska pour la rattacher à la Serbie, pays voisin.

Les élèves privés de l’histoire de Bosnie

Les élèves de RS sont ainsi privés de l’histoire de leur pays, et notamment de ce qui rapproche les deux communautés, comme par exemple, la révolte contre l’Empire ottoman, menée en 1831 par le capitaine bosniaque Gradasevic, qui a formé une armée avec les musulmans, orthodoxes et catholiques bosniaques.

La propagande nationaliste serbe prétend que la Bosnie-Herzégovine n’a pas d’histoire (alors qu’elle remonte au 12ème siècle) et ne serait qu’une invention de Dayton…

La population bosniaque de Konjevic Polje (il n’y a aucune famille serbe dans le village) était minoritaire dans la Commission scolaire et n’avait par conséquent aucune chance de changer le programme de l’intérieur. En outre, le directeur et quasi tous les enseignants sont bosno-serbes.

C’est pourquoi les parents de Konjevic Polje ont décidé de boycotter la rentrée scolaire de septembre 2013 afin de faire valoir leurs droits auprès des représentants internationaux de l’OHR et de l’OSCE et de les inviter en tant que médiateurs aux négociations avec le Ministre de l’enseignement de la RS. Mais leur refus de médiation a scellé l’échec des négociations.

En octobre 2013, les parents de Konjevic Polje ont dénoncé la trahison des représentants internationaux en campant jusqu’en janvier 2014, avec leurs enfants, devant les bureaux du Haut-Représentant à Sarajevo, Valentin Inzko. Celui-ci a tenté en vain, de stopper leur action en les achetant, ce qu’ils ont refusé. Leur action a été largement relayée par les médias de Bosnie-Herzégovine. Des centaines de citoyens sont venus apporter leur soutien et ont invité les élèves en grève à des stages en atelier et découvertes de la ville.

Leur action a également révélé l’abandon par les instances internationales du projet de réforme scolaire en Bosnie-Herzégovine et plus grave : leur feu vert tacite à la RS pour son enseignement idéologique, qui a pour but de préparerer la nouvelle génération bosno-serbe à un nouveau conflit consécutif au projet de sécession de la RS.

Les décideurs internationaux espèrent sans doute naïvement, que les Bosniaques en RS vont se laisser faire et accepter que leurs enfants se laissent « serbilisés ». C’est mal connaître cette population, attachée à sa terre, et qui a fait preuve de remarquables capacités de résistance durant la guerre de 1992-1995.

Ouverture de l’école de Nova Kasaba

Janvier 2014 : ouverture de l’école de Nova Kasaba, village voisin de Konjevic Polje. Les parents de Konjevic Polje ont obtenu le soutien du Ministre de l’éducation de la Fédération de Bosnie-Herzégovine, pour l’engagement d’enseignants au chômage à Sarajevo. L’Ecole de Nova Kasaba, laïque, a été aménagée dans un bâtiment appartenant à la mosquée du village. Emmaus (France et Bosnie) a fourni le mobilier. L’école de Nova Kasaba a ouvert ses portes fin janvier 2014 avec 117 élèves. Le niveau de l’enseignement est excellent et les élèves ont brillamment passé leurs examens à Sarajevo. L’éducation est basée sur la créativité et l’entr’aide. Des dessins et peintures ornent les murs et contribuent à une joyeuse ambiance.

Malgré quelques contributions (y compris de notre association), les frais généraux - salaire du concierge, bus scolaire, chauffage, matériel - , environ 18 000 euros par année, ont de la peine à être couverts.

Les salaires provenant du Ministère de l’éducation de la Fédération de Bosnie-Herzégovine (Sarajevo) sont versés avec 4 mois de retard, ce qui provoque des problèmes pour les enseignants, qui disposent néanmoins d’une maison mise à disposition par un villageois de Nova Kasaba.

L’action juridique des parents de Konjevic Polje

Convaincus que leur lutte est importante pour l’avenir de leur pays et pour les droits des citoyens, les parents de Konjevic Polje ont mandaté un avocat pour mener une action juridique. Comme prévu, leur plainte a été refusée par le Tribunal de Banja Luka, capitale de la RS. L’étape suivante est le Tribunal national, et sinon la Cour européenne des droits de l’Homme.

Appel au soutien pour les repas scolaires

Par rétorsion, les autorités de la Republika Srpska ont déjà privé les parents de Konjevic Polje de leurs allocations familiales, afin de faire pression sur ces familles vivant pauvrement de leurs cultures et élevages. L’épicerie de Nova Kasaba prépare des sandwichs au prix de 0.50 euro par élève, ce qui fait 1 170 euros par mois x 9 mois = 10 530 euros par an. Tout don est le bienvenu. Notre association transmettra.

par Ivar Petterson


Solidarité Bosnie, c/o Maison des associations, rue des Savoises 15, 1205 Genève.
Tél. +41 22/321.63.14
CCP 10-711427-1 ou Iban CH09 0900 0000 1071 1427 1 (avec mention « Ecole Nova Kasaba ».
Email : info@solidarite-bosnie.ch
www.solidarité-bosnie.ch (avec Forum Bosnie)

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